La téléconsultation en zone rurale : un palliatif à la sous-médicalisation

La téléconsultation en zone rurale : un palliatif à la sous-médicalisation


Le Docteur Franck Baudino fait le point sur l’utilisation d’une cabine de télésanté en zone rurale pour pallier à la désertification médicale.

Quelles sont les solutions permettant de maintenir un maillage performant du système de santé ?

Dr. Franck Baudino : Notre système de santé est très performant. Cependant, notre pays n’échappe pas à la sous médicalisation.
Cette problématique s’observe dans de nombreux autres pays mais prend une dimension particulière en France parce que l’accès à la santé pour tous est, chez nous, un principe fondamental. Dans ce contexte, la télésanté constitue une réponse ef!cace. Cette révolution technologique permet aux patients de se réapproprier leur propre santé faisant ainsi évoluer la pratique médicale. Étant moi-même médecin, j’ai exercé dans des villages de montagne ou ruraux ainsi que dans les banlieues défavorisées. Ce sont ces expériences de terrain qui m’ont incité à apporter des réponses techniques concrètes aux patients éloignés des médecins en m’appuyant sur la télésanté. Il ne s’agit en aucun cas de remplacer un professionnel mais de soulager et aider les médecins dans leur activité quotidienne, en facilitant les échanges entre patients et praticiens.

Comment et pourquoi avez-vous conçu la cabine de télésanté unité médicale autonome (UMA) ?

F. B. : J’ai inventé l’UMA pour rendre la santé accessible à tous en proposant de transmettre l’information au lieu de faire se déplacer le patient. Cette cabine communicante est aussi un moyen concret de renforcer le lien social et de recréer des solidarités de proximité. L’UMA qui est DMP* compatible, a deux fonctions : en mode télésurveillance, elle permet de réaliser facilement et intuitivement des mesures (tension artérielle, température, saturométrie, etc.) accessibles à tout médecin traitant. C’est un outil de prévention, de suivi et d’aide au diagnostic très sophistiqué mais très simple d’utilisation ; en mode téléconsultation, elle pallie l’indisponibilité du médecin de garde, les soirs et week-ends, en mettant en relation le malade avec un autre praticien qui dispose alors d’un véritable cabinet médical délocalisé. L’UMA facilite la prise en charge des malades en recréant un lieu de santé identifiable dans des territoires isolés ou déstructurés. Elle s’installe dans les espaces publics (mairie, caserne de pompiers, CCAS, etc.) et se connecte à un accès Internet. L’UMA s’intègre dans le parcours de soin classique : le passage d’un utilisateur est soumis à avis médical préalable et à régulation par le centre 15 dans le cadre de la téléconsultation. Cette démarche est sécurisée et encadrée par les pouvoirs publics. Notre objectif est de rompre l’isolement sanitaire, qu’il soit géographique ou social.

Qu’attendez-vous comme retour des premières implantations en France ?

F. B. : Notre ambition est de permettre aux patients d’obtenir un avis médical rapide, proche de chez eux, sans perte de temps et dans le confort, avec la garantie d’un service de qualité. C’est aussi l’alternative aux urgences hospitalières, le seul recours actuel. Nous voulons aussi démontrer aux médecins qu’ils disposent avec l’UMA d’une aide quotidienne dans leurs pratiques de prévention, de suivi régulier de pathologie et d’aide au diagnostic. Nous  voulons aussi contribuer à l’installation de nouveaux médecins dans les lieux isolés, grâce à cet appui technologique unanimement apprécié par les premiers utilisateurs. En!n, les UMA s’inscrivent dans l’organisation des soins, et constituent un trait d’union privilégié entre les activités libérale et hospitalière.

*DMP : dossier médical personnel, compilation numérique des données, informations et images médicales d’un patient, en cours de déploiement dans plusieurs régions françaises, sous l’égide de l’ASIPsanté (Agence des d’information partagés de santé)

DOCTEUR FRANCK BAUDINO est le Président directeur général de la société H4D

PROPOS RECUEILLIS PAR PHILIPPE PELAPRAT dans le cadre d’un article publié dans le magazine EUROPE PARLEMENTAIRE.